Intégrer les jeunes à la vie locale pour prévenir les incivilités

Rédigé le 20/02/2025


Les communes sont en première ligne lorsque des incivilités et violences impliquant des jeunes surviennent sur leur territoire. Comment peuvent-elles réagir et prévenir ces troubles à l’ordre public ? Où peuvent-elles partager leurs préoccupations et trouver des conseils et un accompagnement ?

Le développement d’une politique de l’enfance et de la jeunesse proactive, dotée de mesures de soutien aux activités des jeunes, est essentiel à l’intégration sociale et culturelle des enfants et des jeunes vivant dans une commune. Indirectement, cela permet de prévenir des incivilités impliquant des jeunes dans l’espace public.

Soutenir les activités des jeunes, une obligation légale

Le soutien aux activités de la jeunesse est une tâche partagée entre l’Etat (art. 4 et 5) et les Communes (art. 10 et 11) en vertu de la Loi vaudoise sur la promotion et le soutien aux activités de jeunesse (LSAJ) révisée en 2024.

Identifier les besoins des jeunes sur son territoire, faciliter leurs projets citoyens, soutenir leurs initiatives, développer des espaces de rencontres et leur proposer des opportunités de participer à la vie locale ainsi qu’aux projets des autorités communales qui les concernent, telles sont les actions qu’une commune peut développer pour renforcer l’intégration de ses jeunes habitant·es dans la communauté.

Pour mener cette mission à bien, rien de mieux que le partage d’expériences. Ainsi, depuis 2012, les rencontres annuelles de la Plateforme intercommunale sur le soutien aux activités de la jeunesse (PICSAJ) ont pour but de créer un espace d’échanges pour les communes et leur présenter des outils, des ressources et des informations utiles sur une thématique relevant de leur compétence. L’édition 2024 de PICSAJ a eu lieu le 20 novembre dernier et avait justement pour thème : « Comment agir face aux incivilités impliquant des jeunes en tant que commune ? »

Comprendre les besoins des jeunes et promouvoir un environnement favorable

Dans un premier temps, il s’agit de placer les besoins des enfants et des jeunes au cœur des réflexions et de l’action. Pour cela, il est souvent utile de les rencontrer ou de les sonder par questionnaire. En effet, comprendre les besoins des jeunes est une première approche pour contribuer à prévenir les incivilités.

Des lieux adaptés à leurs besoins de rencontre ainsi qu’une attitude bienveillante des adultes peuvent contribuer à réduire les tensions liées à leur présence, à une meilleure co-habitation et un à co-usage plus serein de l’espace public entre générations. Selon l’étude JUVENIR de 2017 consacrée aux jeunes dans l’espace public, « plus de 85 % des jeunes aimeraient que les adultes qui se sentent incommodés par leur présence viennent dialoguer avec eux au lieu d’appeler la police ».

Suite à une analyse des besoins des jeunes sur leur territoire, de nombreuses communes se sont dotées de nouveaux outils tels qu’une personne de référence pour la jeunesse au niveau communal, un centre de rencontres et d’animation, la mise en place d’expériences participatives avec les autorités communales, ou un·e travailleur·euse social·e de proximité (TSP) qui rencontre les jeunes dans l’espace public ; il ou elle organise avec eux des projets communautaires mais apporte aussi un soutien individuel aux jeunes en situation de vulnérabilité et les met en lien avec le réseau d’aide socio-sanitaire.

Ces actions contribuent au bien-vivre ensemble, au dialogue intergénérationnel, à la promotion d’un environnement favorable, à la reconnaissance et à l’intégration sociale des jeunes, à la prévention des conduites à risque, réduisant ainsi la probabilité que des troubles à l’ordre public n’adviennent.

D’autres solutions créatives existent pour décourager les incivilités, en augmentant par exemple l’éclairage public, ou par l’action de correspondant·es de nuit, ou encore en organisant des « dîners-quiz » avec les jeunes sur des thématiques qui les préoccupent.

Ecouter les jeunes

La participation des jeunes dans la recherche de solutions concrètes et innovantes est l’un des vecteurs de succès. Elle est source d’idées, elle les valorise et elle permet l’identification de solutions pertinentes et pérennes. De surcroît, faire participer les jeunes aux décisions les concernant est une tâche cantonale et communale inscrite dans la LSAJ (art. 9 et 11). Certain·es membres de la Commission des jeunes du Canton de Vaud n’ont pas hésité à se positionner sur le sujet lors de la soirée PICSAJ du 20 novembre dernier.

Shaggi, 17 ans, de la Vallée de Joux, a remarqué que les actes de déprédation résultent souvent du manque de lieux de rencontres, d’activités ou tout simplement de l’ennui. Intégrer les jeunes dans des projets qui les concernent permet de leur donner le sentiment d’être utiles, capables et reconnus.

Rayan, 18 ans, de Renens, lui, met l’accent sur l’aspect contreproductif de la marginalisation de groupes de personnes et de la répression. Le dialogue, la recherche de solution, l’inclusion sociale, la création de lieux de rencontres encadrés, des contrats de stage sont à la portée des communes qui souhaitent prendre le problème autrement.

Yoan, 17 ans, d’Aigle, quant à lui, est conscient que la dégradation de bâtiments dans sa région peut être provoquée par certaines bandes de jeunes. Cela dit, l’intervention d’un « super TSP », à l’écoute, qui se balade le jour et le soir, discute avec les jeunes, et met à disposition des terrains de sports, a beaucoup aidé à créer une ambiance constructive et apaisée.

Que faire dans les petites communes ?

Dans le canton de Vaud, une majorité de communes n’a pas un bassin de population suffisant ni les ressources pour développer seule une politique complète de l’enfance et de la jeunesse ; la régionalisation de certaines prestations devient dès lors une piste à explorer. Dans tous les cas, un partage d’expertises et d’expériences entre communes est par conséquent utile. Par la suite, un accompagnement méthodologique et un soutien financier de l’Etat peuvent être sollicités pour mettre en place de nouveaux projets ou mesures. Il existe actuellement environ 50 centres de rencontres et d’animations jeunesse et environ 50 postes de TSP dans le canton de Vaud pour un nombre total de 300 communes vaudoises, réparties sur 10 districts.

En conclusion

La rencontre PICSAJ du 20 novembre 2024 a montré que, grâce au génie local, de nombreuses solutions créatives sont déployées sur le terrain par les communes, le cas échéant avec des aides cantonales. La collaboration des acteurs·trices de soutien aux jeunes et le partage d’expériences alimentent la mise sur pied de projets innovants, participatifs et adaptés pour prendre en compte les besoins des jeunes et réduire au maximum les risques d’incivilité. Découvrez plus d’exemples dans ce dossier. 

Article rédigé par Frédéric Cerchia, Délégué cantonal à l’enfance et à la jeunesse.


Contacts et ressources

  • La Commission de coordination de la politique de l’enfance et de la jeunesse (CCPEJ) du Canton de Vaud dispose d’un budget de 400’000 CHF annuel pour soutenir des projets novateurs des communes pour les enfants et les jeunes : vd.ch/pej-subventions, Carole Guignet : pej@vd.ch
  • La Direction générale de l’enfance et de la jeunesse (DGEJ) dispose de 100’000 CHF annuel pour soutenir des projets portés par des groupes de jeunes jusqu’à 25 ans : vd.ch/aide-financiere-jeunesse, projets.jeunes@vd.ch
  • Jaiunprojet.ch : un service du CVAJ, financé par la DGEJ, peut apporter un soutien méthodologique aux communes dans leurs tâches légales (art. 10-11 LSAJ) et les jeunes dans leurs projets citoyens, cvaj.ch/jaiunprojet_offres.html, Marie Bertholet et Anna Mrazek, jaiunprojet@cvaj.ch
  • La plateforme TSP Vaud : pour des informations et du conseil sur le travail social de proximité, Leonor Garcia : lgarcia@relais.ch
  • La Police cantonale vaudoise : pour les jeunes et les parents sois-prudent.ch et votrepolice.ch/prestations
  • Pour les jeunes et la population générale : @ecop.francois sur TikTok et Instagram